« Entre les jours » de Andrew Porter (L’Olivier)

1030385149Le livre commence dans le bar du Brunswick Hotel à Houston. Elson Harding, père de famille divorcé et architecte de renom sur le déclin, attend son meilleur ami. Ensuite, il rejoindra Lorna Estrada, sa nouvelle conquête pour passer une soirée à l’appartement. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que sa vie et celle de sa famille est sur le point de basculer dans une ambiance qu’il n’imaginait même pas dans ses pires cauchemars. Pour ce premier roman acclamé aux Etats-Unis, Andrew Porter explore les arcanes de la tragédie familiale sur fond de guerre intime. Après un recueil de nouvelles, « La Théorie de la matière et de la lumière » (Editions de l’Olivier, 2011), l’auteur signe ici un retour gagnant en embarquant avec lui ses thèmes de prédilection.

Les Harding étaient jusqu’à leur divorce une famille américaine presque parfaite. Mais lorsque la fille, Chloe, est renvoyée de l’université pour d’obscures raisons (on parle d’un meurtre qui n’en est pas encore un où se mêlent accident, vengeance et racisme,) et qu’elle disparaît du jour au lendemain en ne laissant aucun indice, les démons de Cadence et Elson, les parents, se font jour. Pendant que leur fils mène une vie faite de prostitution et hésitation entre la normalité et ses rêves de devenir poète ; que leur fille nage dans les eaux troubles auprès de son petit ami Raja, la pression s’enclenche et s’amplifie de chapitres en chapitres. En suivant tour à tour les trajectoires de cette famille, Porter dessine au scalpel les contours d’une vie moins parfaite qu’elle ne le paraît. Il analyse d’un trait fin mais trouble les travers de chacun, la découverte de la sensualité des uns face à l’angoisse des autres. Nous nous retrouvons ici face à un roman à l’américaine, où les grands espaces retrouvent la trajectoire individuelle de héros déboussolés, dans la grande tradition d’un Carver ou d’un Hemingway, le tout transposé au vingt-et-unième siècle.

La question centrale reste celle des parents : qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Autour de cette interrogation, les regrets et les remords d’une vie, où le quotidien enfoui les secrets des uns et des autres bien plus profondément qu’ils ne devraient l’être. Les personnages secondaires sont criants de réalisme et l’ensemble pourrait fort ressembler à une série à succès. Les principaux ingrédients sont réunis : une ville des Etats-Unis, une famille désarticulée, du suspens, des arcs narratifs secondaires qui se lient à l’intrigue principale de manière adéquate et un flou général quant aux véritables motivations de chacun. Porter est un écrivain, un vrai. Novelliste et maintenant romancier, il a tout pour devenir, dans les années qui viennent, l’une des voix montante et marquante de la littérature américaine. A suivre de très près, entre les jours en somme.