« De beaux jours à venir » de Megan Kruse (Denoël)

jours-a-venirCela faisait longtemps que je ne m’étais pas replongé dans un roman « typiquement » américain, et bien mal m’en avait pris. Au hasard de la Rentrée Littéraire, je découvrais « De beaux jours à venir », un premier roman d’un auteur américaine qui m’était jusqu’alors complètement inconnue. 

Trois voix se mêlent dans ce roman familial, où l’on découvre Amy, une mère de deux enfants, Jackson et Lydia, battue depuis des années par son mari alcoolique. A force d’attendre et de repousser au lendemain son départ, elle finit par traverser la baie vitrée lors d’une énième dispute et manque de mourir devant les yeux de ses enfants. C’est la fois de trop, et Amy décide de prendre progénitures et bagages sous les bras pour se cacher dans un motel à quelques dizaines de kilomètres de là, le temps de trouver une solution de repli. C’est sans compter sur son fils Jackson, perdu dans une fin d’adolescence torturée, qui finira par rentrer au bercail et prévenir son géniteur.

Retour à la  case départ pour Amy, et une nouvelle fuite bientôt mais en duo : pour survivre, elle abandonne son fils pour qu’il ne la trahisse pas une fois de plus. Ce dernier quittera aussi le domicile, errera sur les terres hostiles de l’ouest, de petits boulots précaires en rencontres plus ou moins glauques. La fille, Lydia, suivra sa mère jusque dans un centre pour familles éclatées, toujours en manque de son frère aîné.

Sur près de quatre-cent pages, les voix se télescopent et se répondent, l’histoire de chacun est retracée par récits interposés et le lecteur espère des retrouvailles entre ces trois êtres que tout oppose mais que tout réunit finalement. La lente spirale qui se dessine pour chaque personnage, les emmenant tour à tour dans des profondeurs sombres, renaît parfois à la lumière grâce aux souvenirs heureux qui reviennent et à l’espoir d’un futur plus radieux. L’écriture est terreuse, comme celle sous les mains des ouvriers de l’ouest qui construisent des villes nouvelles sur des terres asséchées. Kruse s’attache à chacun de ses héros, et le lecteur tourne les pages sans se poser de questions, avide de connaître la suite. Et c’est à regret que le dernier chapitre se termine, comme la fin d’un voyage où il nous faut quitter des amis. Un réel coup de coeur pour une auteur sur qui il faudra désormais compter.