« On a tiré sur le Président » de Philippe Labro (Editions Gallimard/Folio)

On-a-tire-sur-le-presidentTout a déjà été écrit sur l’assassinat de JF Kennedy. Tout ? Il manquait peut être, dans tous ces ouvrages publiés depuis 1963, celui d’un français présent sur place au moment M. On dit que tout le monde se souvient exactement de ce qu’il faisait lorsque Kennedy est mort, comme on se souvient tous d’où l’on était lorsque les tours du World Trade Center se sont écroulées, et Labro le confirme ici. 

22 novembre 1963, Philippe Labro, jeune journaliste à France-Soir, se trouve à l’Université de Yale pour un reportage sur les campus américains. Un étudiant arrive alors vers lui en courant, essoufflé, pour prononcer cette phrase que toute l’Amérique a eu à la bouche ce jour-la : « The président has been shot ! ». De cette sentence irrévocable, alors qu’à Dallas le plus jeune politique à la tête du pays se vide de son sang, commence l’épopée du jeune journaliste pour le Texas.

Dans ce récit documenté, Labro retrace son expédition pour Dallas et le suivi de l’actualité qu’il dictait ensuite aux secrétaires parisiennes. Il croisera Oswald (le tueur présumé), Jack Ruby et presque tous les protagonistes de l’affaire. Il raconte aussi l’ambiance de cette ville des Etats-Unis, où les critères raciaux sont encore en vigueur et les vieilles rancoeurs politiques se pâment toujours.

Dans ce récit de souvenirs racontés à la manière d’un roman policier, Labro se livre en défaisant les théories du complot et fait revivre une époque révolue, celle d’un journalisme où les articles étaient dictés par téléphone et où l’information ne circulait qu’avec un certain délai (celui de l’impression desdits canards). C’est à la fois un texte sur et autour de Kennedy, mais avant et surtout un texte sur la nostalgie d’une époque que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître; et indirectement une biographie léchée sur l’empire Kennedy, à découvrir tout en repensant au film « Jackie » de Pablo Larrain (2016) ou à l’excellente série « Les Kennedy » de Jon Kassar (2011). A n’en point douter, une lecture novatrice et d’un point de vue différent sur une affaire qui n’a pas fini d’exhumer ses derniers et innombrables secrets.