« Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique » de Jon Monnard (L’âge d’homme)

Et-a-la-fois-je-savais-que-je-n-etais-pas-magnifiqueVoici un roman dont l’annonce et la promotion se sont en grande partie faîtes sur les réseaux sociaux à coup de hashtags et de photos avec couverture du livre et paysages : on aurait pu mettre ce premier-né sur l’échelle de ceux qui ne résisteront pas, et l’auteur dans la liste des primo-romanciers un peu rêveurs. On aurait pu, mais c’était avant de lire « Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique », où le fond est bien contemporain mais où la forme emprunte une prose hommage aux écrivains du vingtième siècle.

Le roman commence par ces mots : « La tête de l’oiseau se brisa contre l’écorce de l’arbre ». L’oiseau pourrait être le narrateur, l’arbre le monde abrupte de la mode dans lequel il s’engouffre. Coska est un garçon sensible et littéraire qui s’essaie à l’écriture. De fil en aiguilles, cet étudiant en Beaux Art qui n’y fera pas long feu remporte un concours d’écriture pour une marque de vêtements de luxe, Martha Kahl. Commence pour lui une arrivée fracassante dans un univers qu’il ne connaît pas et dans lequel il va chercher par tous les moyens d’intégrer. Dans ce monde, il va de rencontres en rencontres mais sans jamais écrire une ligne, pion subissant ce qu’on lui demande d’être et de faire. C’est donc dans ce labyrinthe descendant que se situe l’histoire, des murs de faux-semblants et des repères flous viennent s’imbriquer pour construire un fil rouge que l’on suit avec avidité, jusqu’au final que l’on n’attendait pas.

Outre le récit à proprement parlé, on notera les nombreuses références à la lecture, à l’écriture, au mythe de l’écrivain et à la jeunesse perdue. Non sans être lumineux, le propos reste, à bien des égards, dans une nostalgie d’un temps jadis que personne ne retrouve, hormis dans la fiction.

Ce premier texte s’inscrit donc dans la pure tradition du roman d’apprentissage et on peut le voir comme un rite de passage à l’âge adulte. On rencontre le jeune Coska et on quitte celui qu’il sera demain. Car même si l’auteur affirme que rien n’est vrai dans ce roman, on ne peut s’empêcher de voir, quelque part, une filigrane entre son entrée en écriture et l’histoire qu’il a couché sur papier. Voilà donc le premier essai d’un écrivain en devenir. Son prochain roman qu’il écrit tout en tenant informé ses lecteurs de son avancée et de ses recherches sur ses différents réseaux sociaux sera sans doute celui sur lequel on pourra compter et l’instant le plus difficile pour l’auteur : une confirmation.